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16 septembre 2014

Paul Léautaud, sur l'instruction publique

Portrait de Paul Léautaud par E.-A. Heuzé (1937)
Musée national d'art moderne, Paris

« L'instruction gratuite et obligatoire. Pour mieux former des citoyens modèles, bien soumis aux règles du régime et bien crédules aux bourdes qu'on leur sert. Le bon sens détruit, remplacé par la prétention. Anes à diplômes qui n'en restent pas moins des ânes, rien ne remplaçant l'intelligence et la curiosité d'esprit natives.
Disparition de l'esprit de fronde, de l'esprit satirique. Le gavroche loustic qui dégonflait les baudruches sociales d'un lazzi, n'existe plus. »

*

« Même appréciation pour ces jeunes gens, si grossiers de propos et de façons, pour ces gamines, si prétentieuses, que je vois chaque jour dans le train, munis de manuels et de cahiers d'études, qui peuplent les Facultés. De futurs déclassés qui, je l'espère bien, végéteront et expieront leur fétichisme des diplômes, qui ne leur auront rien conféré de plus qu'un petit savoir appris momentanément.
Un bon artisan, auprès de tous ces sots vaniteux, quel personnage sympathique ! »

Paul Léautaud, Propos d'un jour (1947) — Extraits de Notes retrouvées (1927-1934) ; Mercure de France.

19 juillet 2013

Jean-Paul Brighelli, sur l'« évolution de la langue »


« Le Crétin pontifiant, qui est ordinairement de gauche, mais qui peut être de droite (car la droite s'extasie volontiers des balourdises conceptuelles de la gauche – tout comme la gauche brûle de concurrencer la droite dans le domaine économique) salue à grands cris les trouvailles verbales des jeunes. Autant de preuves, assure-t-il, de leur inventivité, de leur dynamisme poétique. Sans doute l'école est-elle en faute, qui ne sait intéresser ces petits génies du verlan...
Le Crétin, bien entendu, se leurre. Les mots à la mode, les mots des groupes et des gangs, ne témoignent que d'une chose : la pauvreté absolue de la langue pratiquée par tous les damnés du système. Les jeunes se serrent autour d'un langage schtroumpf comme Erectus se pelotonnait dans son abri sous roche. Il est le plus petit commun dénominateur des morts de faim de la culture. Les quelques mots du groupe sont mots à tout faire – et c'est tant mieux, puisqu'on leur prévoit un emploi à tout faire – et à ne rien dire. (...) »

Jean-Paul Brighelli, La Fabrique du Crétin - La mort programmée de l'école, Gallimard (2005)

3 février 2013

Céline, sur l'éducation des enfants


« (...) l'enfance alors, c'était des gifles ! « Respire donc à fond, petite frappe ! vlac ! laisse ton nez tranquille, scélérat ! tu pues, tu t'es pas torché ! cochon !... » les illusions quant aux instincts sont venues aux familles plus tard, bien plus tard, complexes, inhibitions, tcétéra... « tu pues, tu t'es pas torché ! te farfouille pas la braguette ! » suffisait avant 1900... et tornades de beignes !... bien ponctuantes ! c'était tout !... le môme pas giflé tournait forcément repris de justice... frappe horrible !... n'importe quoi !... votre faute qu'il tournait assassin !... (...) »

Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre (1957) ; Gallimard / Folio.
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