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22 octobre 2010

Paul Léautaud, à propos d'Albert Camus


« (...) J'entends parler quelquefois aux déjeuners Malakoff d'un nommé Albert Camus. Un des rédacteurs principaux du journal Combat. Un homme de valeur dans les nouveaux venus. Un politique, un écrivain, un théoricien, un esthéticien de marque. Ainsi entends-je. Dans ce numéro, un Henri Hell, que j'ai vu deux ou trois fois aux dits déjeuners, rend compte d'un ouvrage de lui : Lettres à un ami allemand. Il n'en est pas satisfait. On pouvait encore attendre, dit-il, de l'homme qui a écrit : « Ce monde a du moins la vérité de l'homme et notre tâche est de lui donner ses raisons contre le destin lui-même ». Que ce Henri Hell a de la chance de comprendre ce que cela veut dire. (...) »

Samedi 1er Décembre 1945 - Journal littéraire, tome 3. 


« (...) Comme nous parlons de la façon dont on écrit chez les nouveaux venus et que je lui cite Albert Camus, il me dit qu'il a vingt-neuf ans et qu'il est professeur de philosophie. Son charabia prétentieux ne m'étonne plus. (...) »
 
Mardi 11 Décembre 1945 - Journal littéraire, tome 3.

28 janvier 2008

Albert Camus, sur l'amitié

« (...) l'amitié est distraite, ou du moins impuissante. Ce qu'elle veut, elle ne le peut pas. Peut-être, après tout, ne le veut-elle pas assez ? Peut-être n'aimons nous pas assez la vie ? Avez-vous remarqué que la mort seule réveille nos sentiments ? Comme nous aimons les amis qui viennent de nous quitter, n'est-ce pas ? Comme nous admirons ceux de nos maîtres qui ne parlent plus, la bouche pleine de terre ! L'hommage vient alors tout naturellement, cet hommage que, peut-être, ils avaient attendu de nous toute leur vie. Mais savez-vous pourquoi nous sommes toujours plus justes et plus généreux avec les morts ? La raison est simple ! Avec eux, il n'y a pas d'obligation. Ils nous laissent libres, nous pouvons prendre notre temps, caser l'hommage entre le cocktail et une gentille maîtresse, à temps perdu, en somme. S'ils nous obligeaient à quelque chose, ce serait à la mémoire, et nous avons la mémoire courte. Non, c'est le mort frais que nous aimons chez nos amis, le mort douloureux, notre émotion, nous-même enfin ! »

Extrait de La chute, d'Albert Camus.

26 janvier 2008

Albert CAMUS : La chute

Sur le papier, un monologue de 150 pages a de quoi rebuter, mais ce serait sans compter sur le talent et la force des idées de Camus qui font de cette conversation à sens unique - entre Jean Baptiste Clamence, un ancien avocat parisien exilé à Amsterdam, et un mystérieux compatriote tout juste rencontré dans  un bar - une analyse puissante de la nature humaine et des relations entre les individus. Clamence fait son procès tout au long de ce monologue, il est à la fois accusé et accusateur, il narre le cheminement de sa chute personnelle, celle d'un homme brillant dans sa profession qui peu à peu s'aperçoit de la comédie d'une vie, de sa vie comme de toute vie en société, et finit par se dégoûter de tout le soin qu'il donna à se faire passer pour quelqu'un qu'il n'a jamais été, et que personne ne sera jamais : un être désintéressé et exclusivement dévoué au service des autres. L'élément déclencheur de son désaveu tient en partie dans  sa confrontation inattendue avec le suicide d'une jeune inconnue croisée sur un pont désert, et que Clamence laisse sauter sans même essayer de lui venir en aide. Il ouvre alors les yeux et découvre la véritable source où toute sa vie il puisa son intérêt pour les autres : la quête de son propre prestige. L'analyse est naturellement cynique, mais tellement lucide.

18 septembre 2007

Albert CAMUS : L'étranger

L'étranger était mon entrée en matière dans l’œuvre de Camus, et c'est aussi un livre qui aura laissé des traces. Le thème de la vie présenté sous toute son absurdité est abordé de manière particulièrement forte, et au delà de l'aspect dérisoire de toute existence, ce sont aussi les rapports sociaux entre les hommes qui prennent une forme particulièrement cinglante dans le récit de Camus. Le narrateur - Meursault -  n'est pas plus mauvais qu'un autre, il est simplement différent, et a eu la mauvaise idée de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.  Le meurtre accidentel d'un jeune arabe sur une plage d'Alger prend une tournure dramatique à cause de la personnalité incomprise de Meursault. Son indifférence à ce qui l'entoure et ce qu'il vit  en fait un monstre aux yeux d'une société qui ne tolère pas la différence, qui uniformise comportements et caractères, comme s'il n'existait  qu'une seule sorte d'homme. Meursault a perdu sa mère, qu'il ne voyait plus depuis longtemps, et n'éprouve ni peine, ni besoin d'en rajouter auprès de ses congénères pour passer pour le fils modèle qu'il n'a jamais été, ayant perdu la mère modèle qu'elle n'a jamais été non plus. Meursault est résigné à laisser sa vie entre les mains des autres. La justice se chargera de décider s'il doit vivre ou mourir, mais quelle importance pour un homme que la mort n'effraie pas plus que la vie ?
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