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14 novembre 2011

Bohumil HRABAL : Une trop bruyante solitude

Une trop bruyante solitude est souvent désigné comme le chef-d’œuvre de l'écrivain tchèque Bohumil Hrabal. Court texte de 120 pages publié en 1976 alors que l'écrivain venait de recouvrer le droit de publier après plusieurs années d'interdiction par le pouvoir communiste, ce roman tourne précisément autour des thèmes de la censure et de l'aliénation.

C'est le récit à la première personne d'un ouvrier employé à détruire des livres interdits par le régime en place, un homme spirituel et rêveur cloitré dans un monde mécanique, et payé à détruire l'objet qu'il vénère. Car Hanta - le narrateur - en dépit de ses apparences un peu rustres et d'une hygiène sommaire, est un amoureux de l'Art. Ces années de labeur à détruire un savoir hors-la-loi, il les a pour bonne part employées à s'instruire et à sauver de son pilon tous les livres qu'il pouvait.

Si derrière la petite histoire au parfum poétique on lit une évidente dénonciation du totalitarisme communiste, si on devine facilement que le recours à l'allégorie fut pour l'auteur une condition impérative à la publication de ses livres dans une société verrouillée de toutes parts, il reste à mon sens, ou plutôt à mon goût, une forme trop abstraite ; l'auteur verse par ailleurs beaucoup dans la sacralisation de la chose artistique, et il y a dans le ton, me semble-t-il, une vénération du livre en tant qu'objet à laquelle je ne suis pas franchement sensible (d'autant moins à une époque où le livre est devenu support de toutes les inepties imaginables).

Restent cependant quelques passages, assez rares, qui retiennent mon attention : sans surprise, ceux versant dans une réalité non remodelée. Et en premier lieu ce passage en fin de livre, illustrant les changements sociétaux qui s'opéraient dans la jeunesse tchèque de l'époque, toute disposée à tourner le dos à son identité pour se soumettre joyeusement aux usages d'un monde moderne parfaitement uniforme : 

« (...) en l'espace d'une seconde, je sus exactement que cette gigantesque presse allait porter un coup mortel à toutes les autres, une ère nouvelle s'ouvrait dans ma spécialité, avec des êtres différents, une autre façon de travailler. Fini les menues joies, les ouvrages jetés là par erreur ! Fini le bon temps des vieux presseurs comme moi, tous instruits malgré eux ! C'était une autre façon de penser... Même si l'on donnait, en prime, à ces ouvriers un exemplaire de tous les chargements, c'était ma fin à moi, la fin de mes amis, de nos bibliothèques entières de livres sauvés dans les dépôts avec l'espoir fou d'y trouver la possibilité d'un changement qualitatif. Mais ce qui m'acheva, ce fut de voir ces jeunes, jambes écartées, main sur la hanche, boire goulûment à la bouteille du lait et du Coca-Cola ; elle était bien finie, l'époque où le vieil ouvrier, sale, épuisé, se bagarrait à pleines mains, à bras-le-corps avec la matière ! Une ère nouvelle venait de commencer, avec ses hommes nouveaux, ses méthodes nouvelles et, quelle horreur, ses litres de lait qu'on buvait au travail alors que chacun sait qu'une vache préférerait crever de soif plutôt que d'en avaler une gorgée. Ne pouvant plus supporter ce spectacle, je contournai la presse pour voir le résultat de sa force hydraulique, un énorme ballot aussi démesuré que le mausolée d'une riche famille au cimetière d'Olsany, aussi gros qu'un coffre ignifugé de la maison Wertheim ; il s'installa tout seul sur le plateau d'une grue roulante, une sorte de saurien qui, se retournant par saccades, le chargea directement sur un wagon. Je levai mes mains pour les examiner, des mains d'homme salies, aux doigts usés par le travail, noueuses comme des sarments de vigne, puis, les laissant retomber, je restai là, les bras ballants... (...) »

2 novembre 2011

George ORWELL : Dans la dèche à Paris et à Londres

Avant de se consacrer, avec le succès qu'on sait, au roman d'anticipation et de science-fiction (avec La ferme des animaux et surtout 1984 et son concept maintes fois repris depuis de « Big Brother »), George Orwell s'est d'abord essayé à la chronique autobiographique.

Publié en 1933, Dans la dèche à Paris et à Londres est le premier ouvrage de l'écrivain. Comme son titre l'indique, le livre revient sur les années de misère matérielle de l'écrivain, d'abord à Paris, puis de retour chez lui à Londres. 

Derrière l'expérience personnelle et une galerie de portraits assez pittoresques, il y a le constat social de l'entre-deux-guerres, et l'analyse sociétale d'un écrivain au sens de l'observation aigu. 

Cette chronique est en effet intéressante à plusieurs points de vue, elle instruit d'abord de manière assez précise sur l'époque, vue d'en bas, mais permet aussi de comparer deux cultures à une même époque, très différentes malgré la proximité géographique.

A Paris, Orwell fut exposé à la faim, puis à l'épuisement au travail, à accomplir des tâches abrutissantes dans les hôtels où il travailla au plus bas de l'échelle. Car c'était l'un ou l'autre, ou bien survivre avec quelques centimes par jour et laisser le temps passer lentement dans une chambre d'hôtel miteuse, infestée de punaises, à se dépouiller peu à peu de tous ses biens en les mettant en gage pour des bouchées de pain. Ou alors manger à sa faim et dilapider ses forces à faire la plonge plus de 15 heures par jour, dans les sous-sols d'hôtels d'apparence chic mais dont les coulisses ressemblaient en tout point à un enfer bel et bien réel.

En comparaison à ce Paris où le pauvre était livré à lui-même, sans autre soutien que le mont-de-piété jusqu'à ce qu'il fût tout à fait dépossédé de ses effets personnels, le traitement britannique de ses pauvres apparaît sous la plume d'Orwell tout différent. Le trimardeur y est très encadré, et cette assistance forcée ferait vite regretter l'abandon  parisien de l'époque. Car dans le Londres des années 30, comme nous le démontre Orwell, le démuni n'a d'autre solution que le vagabondage perpétuel. Différentes structures d'accueil sont proposées pour l'héberger la nuit (la loi lui interdit de manière vicieuse de dormir « à la belle étoile »), mais le vagabond y est traité comme un chien, et ne peut en aucun cas s'installer plus d'une nuit, le règlement le lui interdisant. D'où ses incessants déplacements dépourvus de sens...

D'un côté de la Manche, l'indifférence, de l'autre, une charité imposée. Mais des deux côtés, l'âpreté d'une vie de chien, que George Orwell dépeint avec la sobriété et la dignité impérative à l'exercice pour lui éviter de sombrer dans une mélasse larmoyante dans laquelle bien d'autres ont été tentés de se vautrer. 

Et une question qui se pose : la modernité a-t-elle offert tellement de progrès depuis ?

« (...) L'hôtel abritait un certain nombre de personnages pittoresques. De ces êtres solitaires, à moitié désaxés, qui hantent les bas quartiers de Paris et qui ont depuis longtemps renoncé à toute vie normale ou décente. La misère les affranchit des normes de comportement habituelles, tout comme, symétriquement, l'argent éloigne de soi l'obligation de travailler. (...) »

« (...) On éprouvait - c'est difficile à exprimer - une sorte d'épaisse satisfaction, la satisfaction que doit éprouver un animal convenablement engraissé, à l'idée que la vie était devenue si simple. Car rien ne peut être plus simple que la vie d'un plongeur. Il vit au rythme des heures de travail et des heures de sommeil. Il n'a pas le temps de penser : pour lui, le monde extérieur pourrait aussi bien ne pas exister. Paris se réduit pour lui à l'hôtel, au métro, à quelques bistrots et au lit où il dort. Si par hasard le démon de l'aventure le saisit, c'est pour l'entraîner deux ou trois rues plus loin en compagnie d'une bonniche qui s'installe sur ses genoux pour manger des huîtres arrosées de bière. Quand arrive son jour de repos, il reste au lit jusqu'à midi, met une chemise propre, va jouer l'apéritif aux dés et, après avoir déjeuné, retourne se coucher. Pour lui, rien n'a vraiment de réalité, hors le boulot, le sommeil et le bistrot - le sommeil étant de loin la chose la plus importante. (...) »

« (...) En changeant de vêtements, j'étais passé sans transition d'un monde dans un autre. Tous les comportements étaient soudain bouleversés. J'aidai ainsi un marchand ambulant à relever sa baladeuse renversée. « Merci, mon pote ! », me dit-il avec un grand sourire. Jusqu'ici, personne ne m'avait jamais appelé mon pote : c'était un effet direct de ma métamorphose vestimentaire. Je découvris aussi à quel point l'attitude des femmes varie selon ce qu'on a sur le dos. Croisant un homme mal habillé, une femme réagit par une sorte de frisson traduisant une répulsion comparable à celle que pourrait lui inspirer la vue d'un chat crevé. Tel est le pouvoir du vêtement. (...) »

« (...) C'est une grande erreur de croire que les chômeurs ne pensent qu'à l'argent qui ne rentre pas. Au contraire, un esprit fruste, de tout temps habitué à travailler, a encore plus besoin de travail que d'argent. Avec un peu d'instruction, on peut s'accommoder de l'oisiveté forcée qui est l'une des pires misères liées à la pauvreté. Mais un être comme Paddy, à qui l'on ôte toute possibilité d'occuper son temps est aussi malheureux sans travail qu'un chien à l'attache. Voilà pourquoi il est si absurde d'affirmer que ceux qui ont « dégringolé les degrés de l'échelle sociale » sont plus à plaindre que les autres. Celui qui est vraiment à plaindre, c'est l'homme qui s'est trouvé tout en bas dès le départ, et qui doit affronter la pauvreté avec un esprit vide et désarmé. (...) »

« (...) Il est assez frappant de constater le soin pharisien qu'il mettait à se démarquer de « ces fainéants-là ». Cela faisait six mois qu'il traînait sur les routes mais, au regard de Dieu, il n'était pas un vagabond. Je pense qu'on doit trouver plus d'un vagabond remerciant quotidiennement Dieu de lui avoir épargné la condition de vagabond - à l'image de ces touristes qui ne cessent de pester contre la touristique engeance. (...) »

« (...) Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir la question, mais il est avéré que jamais, ou presque jamais, une femme ne jette les yeux sur un homme beaucoup plus pauvre qu'elle. Ainsi, un chemineau est voué au célibat du moment où il se lance sur les routes. Il doit abandonner tout espoir de trouver un jour une épouse, une maîtresse ou quelque genre de femme que ce soit, sauf, dans les rares occasions où il a quelques shillings à débourser, pour s'assurer les services d'une prostituée. (...) »

22 octobre 2011

Franz KAFKA : Lettre au père

Court texte ou longue, très longue lettre selon le point de vue, cette publication posthume de Franz Kafka est un long réquisitoire dans lequel l'auteur dit toute l'incompréhension qu'il y a entre un père trop exigeant et un fils trop à l'opposé des espérances paternelles.

Le texte met en avant les grandes capacités d'analyse de Kafka, qui dissèque avec précision des années d'un dialogue de sourds ; on s'immisce dans une relation de conflits contenus, de rancœurs tièdes, de soumission à une autorité que l'auteur critique sans pour autant la contester. Il y a donc de la mesure dans le propos, et Kafka parvient à nous - qui n'étions pas censés le lire - épargner un ton trop geignard, même si sa fragilité, ou peut-être plus exactement sa relative préciosité, finirait à la longue par user si ce texte ne faisait moins de 100 pages.

Cette lettre écrite en 1919, Kafka ne la remit jamais à son destinataire. L'écrivain mourut cinq ans plus tard, avant son père, mort quant à lui une vingtaine d'années avant la publication de ce texte en 1953.

14 janvier 2011

Cesare PAVESE : Par chez toi

Je ne suis plus sûr de rien. La lecture des trois nouvelles de Terre d'exil avait fait de Cesare Pavese l'un des auteurs qui répondaient le plus à ce que je souhaitais lire. J'avais vu dans ces textes, peut-être à tort, une part de vécu. Ces nouvelles me semblaient trop authentiques pour ne pas être, au moins en partie, autobiographiques.

Publié en Italie en 1941, Par chez toi est le premier roman de Pavese. En France, c'est sous le titre Par chez nous, dans une traduction de Nino Frank, qu'il fut pour la première fois révélé au public, en 1953. Les premières traductions françaises des livres de Pavese sont réputées exécrables, c'est donc dans la nouvelle traduction de Mario Fusco - proposée dans le volume Quarto Oeuvres - qu'il est plutôt conseillé de lire ce roman, et non dans le recueil Avant que le coq chante, toujours disponible dans la collection L'imaginaire Gallimard.

Par chez toi est le récit d'un citadin, rédigé à la première personne, qui sort de prison et se laisse embarquer à la campagne par son ancien compagnon de cellule, un type d'apparence niaise et mal dégrossie. On ne sait d'abord pas vraiment pour quelles raisons les deux hommes se sont retrouvés sous les verrous. Pour Berto, le narrateur, ça reste un mystère. Talino, c'est flou. Une histoire d'incendie criminel dans son village. Le mystère plane tout au long du récit, sur tous les plans, au point qu'on ne sait jamais trop où Pavese veut nous embarquer.

Son histoire, l'auteur italien l'a concoctée avec une idée derrière la tête. Il y a un message à saisir derrière tout ça. Derrière le premier niveau de lecture, derrière la petite histoire du Turinois prétentieux plongé dans un univers campagnard qu'il ne connait pas, il y a un second niveau de lecture. Mais les clés pour y accéder semblent un peu tarabiscotées. On devine que Pavese souhaite peindre une nature humaine sous des couleurs peu chaleureuses, mais sa tendance à trop intellectualiser sa démarche littéraire brouille les pistes. Si bien qu'un décodage est nécessaire, et rend le texte un peu obsolète.

Ainsi, dans sa correspondance dont certains extraits sont repris dans la préface de Martin Rueff, les intentions de Pavese sont un peu mises à jour. Mais une fois encore, on reste dans le flou, du moins : je reste dans le flou. Sans doute est-il nécessaire d'être un grand lettré, un éminent universitaire pour saisir toutes les finesses que Pavese a tenté de glisser dans son œuvre. Tout cela me semble en tout cas manquer singulièrement de simplicité.

Néanmoins, Par chez toi, dans son premier niveau de lecture, est un livre assez agréable à lire. C'est une fiction que le talent de Pavese rend par certains aspects étonnamment authentique. La campagne italienne des années 1930, à l'heure de la moisson, sous un soleil de plomb, l'érotisme de la relation entre Berto – le narrateur – et Gisella, l'une des sœurs de Talino, tous ces éléments sont remarquablement rendus.

Reste le fond, pour moi assez abscons. Et les moyens mis en oeuvre – la fiction – qui me laissent toujours un peu perplexe, malgré les qualités évoquées plus haut. On est dans l'évocation, l'émanation, la poésie, et si je suis sensible à de nombreux poèmes de Pavese dans Travailler fatigue, cette forme de poésie en prose, avec ses effets de moi assez incompris, ne me parle pas beaucoup. Parmi ces effets, il y a en premier lieu la concordance des temps martyrisée volontairement au nom de... de quoi d'ailleurs ? Pavese l'explique dans un courrier à un ami : il n'a « pas écrit en singeant Berto – le seul qui parle –, mais en traduisant ses ruminations, ses stupeurs, ses railleries etc., comme il les dirait lui s'il parlait italien. » Pavese aurait donc « uniquement violenté la grammaire quand cette violence indiquait une désinvolture, une involution de son esprit. » L'auteur n'a « pas voulu faire voir comment Berto parle en s'efforçant de parler italien (ce qui serait de l'impressionnisme dialectal), mais comment il parlerait si sa langue devenait – un jour de Pentecôte – italienne. » Et de préciser : « En somme, comme il pense. »

Ceci est sans doute très intéressant, et je ne voudrais pas faire semblant de ne pas comprendre, mais il y a dans tout ça, à mon goût, trop de conceptualisation. Comme je l'ai déjà écrit, Par chez toi n'est pas un roman désagréable à lire, mais il est simplement l'œuvre d'un esprit trop intellectuel pour moi. Le vécu, je ne vois que cela de véritablement parlant. Pour l'exemple, je lisais dernièrement La peau et les os, de Georges Hyvernaud. Nous ne sommes pas dans le concept mais dans l'expérience. Et elle est rendue d'une manière prodigieusement parlante. L'intérêt des mots est à mon sens plus à chercher dans ce qu'ils expriment primitivement que dans ce qu'ils sont supposés représenter derrière le mur de complexité dont on les a parés. C'est mon avis, rien que mon avis. Ma conception des choses, car c'en est une également, mine de rien...

14 septembre 2010

Cesare PAVESE : Terre d'exil et autres nouvelles

Dans la série "Souvenirs un peu poussiéreux d'un pas grand-chose", parce que je n'ai pas une mémoire infaillible et que ma bibliothèque voyageuse est toujours en transit, ce petit recueil de nouvelles a été une sorte de révélation pour moi l'an dernier. Celle d'un écrivain capable de restituer ses émotions sans les dénaturer. En trois nouvelles, il peint trois portraits de femmes, avec manifestement une forte empreinte de vécu. Ce ne sont pas les portraits d'un amoureux transi, mais ceux d'un homme lucide et détaché par rapport aux femmes et à lui-même. Pavese ne fabrique pas du sentiment lorsqu'il n'y en a pas, il ne se construit pas plus un personnage. Lorsqu'il se comporte comme un mufle, il ne le cache pas. Lorsqu'il est stupidement épris et s'embarque dans un amour impossible, dégradant et masochiste, il ne cherche pas non plus à sauver les apparences.  Il ne donne pas plus dans le larmoyant, les choses sont simplement ce qu'elles sont, il ne semble pas se dégager de coupable de ces expériences malheureuses, ou alors la culpabilité revient à la fatalité, à l'ironie de la vie dans laquelle rien ne semble tourner rond. Les situations que Pavese décrit ont une portée universelle évidente, chacun pourra se reconnaître, faire face à ses  propres erreurs dans des relations passées en lisant ces nouvelles. Et on sera également tenté de partager le constat qui se dégage de ces textes : les relations entre hommes et femmes semblent bel et bien sans espoir. 
 
Ces trois nouvelles - écrites dans les années 40 (de mémoire) et dont il convient de signaler l'étonnante modernité - étaient à l'origine réunies dans un recueil plus vaste intitulé Nuit de fête, publié en France chez Gallimard, après la mort de Pavese, et non repris dans le volume Quarto Œuvres.

24 mars 2010

Aldous HUXLEY : Tour du monde d'un sceptique

De Aldous Huxley, on retient surtout Le meilleur des mondes, roman de science-fiction (d’anticipation ?) mondialement connu. Mais n’étant pas du tout attiré par le roman de genre, je souhaitais découvrir une autre facette de l’écrivain britannique que le cours du temps a rangé parmi les visionnaires du siècle dernier. Tour du monde d’un sceptique m’apparaissait alléchant par son titre, j’espérais y trouver une vision critique des choses de la vie si ancrées dans le quotidien du commun des mortels que plus personne ou presque ne pense à les analyser, et encore moins à les remettre en question. Inutile de tourner autour du pot : ces choses, ce livre les traite avec rigueur intellectuelle, érudition et une précision analytique digne d’un microscope.

Le plus impressionnant, pour ces textes écrits en 1926, c’est encore leur incroyable actualité près d’un siècle plus tard. Que l’auteur s’attaque aux relations sociales, aux dérives de la société capitaliste, ou bien encore à la déliquescence de la civilisation occidentale, tout ce que contient ce journal de bord s’inscrit dans la triste réalité contemporaine sans en changer une virgule. Huxley s’appuie sur ses observations de voyageur pour stigmatiser ce qui ne fonctionnait déjà plus dans le monde de l’entre deux guerres. Les étapes de son voyage (qui composent les chapitres du livre) ne sont souvent que des prétextes à ses digressions philosophiques, sociologiques, artistiques ou encore politiques. Huxley piétine tout ce que le politiquement correct a relégué dans le domaine de l’intouchable, non pas pour le vain plaisir de profaner, mais par devoir, celui de ne jamais s’asseoir sur des acquis institués par d’autres que soi, ne jamais rien considérer comme sacré et donc incontestable. Et son argumentaire laisse souvent coi d’admiration, de par sa logique et sa clarté.

Le concept de la démocratie prend notamment son petit coup de canif, le « gouvernement par le peuple » n’est ainsi pour Huxley qu’une illusion reposant en bonne partie sur la valeur hypocrisie, base absolument nécessaire à son exercice, selon lui.

Sur un ton plus léger, le cinéma hollywoodien perd également beaucoup de son lustre après le passage de l’écrivain, ses vertus débilisantes sont passées au crible avec un certain humour, offrant quelques bonnes pages supplémentaires à cet ouvrage qui n’en était déjà pas avare.

En fin de livre, c’est le mode de vie  américain tout entier que Huxley harponne, avec une ironie et – une fois encore – une perspicacité dont la finesse et l’intensité confinent à la jubilation. La nôtre, ou du moins celle de tout lecteur un tant soit peu sceptique à l’égard des grandes certitudes de nos contemporains. 

« (…) Étant stupides et sans imagination, les animaux se conduisent souvent plus sagement que les hommes. Ils font efficacement et instinctivement ce qu’il faut au moment où il le faut. Ils mangent lorsqu’ils ont faim, cherchent de l’eau quand ils ont soif, font l’amour en sa saison, se reposent ou jouent quand ils en ont le temps. Les hommes sont intelligents et imaginatifs, ils regardent derrière eux et en avant ; ils inventent d’ingénieuses explications aux phénomènes qu’ils observent ; ils cherchent des moyens compliqués et détournés pour atteindre des buts lointains. Leur intelligence, qui a fait d’eux les maîtres du monde, les fait souvent agir en imbéciles. Aucun animal, par exemple, n’est assez intelligent ni assez imaginatif pour supposer qu’une éclipse est l’œuvre d’un serpent qui dévore le soleil. C’est là un genre d’explication qui ne peut venir que dans un cerveau humain. Et seul un être humain peut inventer des gestes rituels dans l’espoir d’influencer en sa faveur le monde extérieur. Tandis que l’animal, fidèle à son instinct, vaque tranquillement à ses occupations, l’homme doué de raison et d’imagination perd la moitié de son temps et de son énergie à faire des choses complètement idiotes. Avec le temps, il est vrai, l’expérience lui apprend que les formules magiques et les gestes rituels ne lui donnent pas ce qu’il demande. Mais, jusqu’à ce que l’expérience le lui ait appris – et il met étonnamment beaucoup de temps à apprendre –, l’homme, à bien des égards, se conduit de façon infiniment plus stupide que l’animal. (…) » 

« (…) Dans un de ses livres, j’oublie lequel, Benjamin Kidd a fait de très judicieuses remarques sur la beauté des enfants. La beauté des enfants, dit-il, est une beauté presque surhumaine. Dans l’enfance, nous sommes pareils aux anges : candides, innocemment passionnés, d’une intelligence désintéressée. Les qualités angéliques de notre âme s’expriment sur notre visage. Dans l’adolescence et au seuil de la maturité, nous sommes humains ; l’ange meurt et nous sommes des hommes. Chose significative, l’art grec s’est presque exclusivement préoccupé de la jeunesse. A mesure que nous avançons dans l’âge mûr, nous devenons de moins en moins humains, de plus en plus simiesques. Les uns restent simiesques jusqu’à la fin. D’autres, à mesure que décroissent les énergies et les appétits du corps, deviennent une seconde fois quelque chose de plus qu’humains. (…) » 

« (…) La courtoisie d’un duc ou d’un personnage royal nous charme et nous ne songeons pas qu’elle est l’effet d’un mépris bien plus écrasant à notre égard que celui que témoigne brutalement un parvenu à ses domestiques et ses fournisseurs. Par sa grossièreté fanfaronne, le parvenu admet implicitement que sa supériorité est précaire. Un prince est si dédaigneusement certain de la sienne qu’il peut se permettre d’être poli. (…) » 

« (…) A l’époque où l’on discutait la fin du monopole de la Compagnie des Indes orientales, plusieurs administrateurs anglais distingués soutinrent que, toute considération d’intérêts commerciaux mise à part, il serait hautement impolitique d’ouvrir librement le pays à l’immigration européenne. Loin de consolider la situation de la Compagnie, l’influx européen, disaient-ils, aurait pour résultat de l’affaiblir et de la mettre en danger. En effet, l’apport européen consisterait en commerçants aventuriers, sans culture et sans éducation. Or les petites gens, exaltées par les circonstances, sont en général tyranniques, et les gens incultes sont incapables de voir au-delà de leur petit cercle de préjugés nationaux. Aux Indes, les circonstances conspirent à exalter chaque membre de la race dominante, d’abord dans sa propre estime, et jusqu’à un certain point, dans la réalité. Il n’y a pas non plus de pays où il soit plus nécessaire de respecter les préjugés étrangers et d’en tenir compte. Sciemment, par des insultes délibérées, ou inconsciemment, par le refus d’admettre des façons de voir étrangères, les petites gens sans éducation peuvent exaspérer un peuple vassal pourtant prêt à accepter la domination de gouvernants non moins étrangers et, au fond, tout aussi rapaces et tyranniques, mais courtois et tolérants dans les petites choses. Laissez la porte ouverte à l’immigration européenne, et vous introduirez dans le pays les causes potentielles de la haine de races et des troubles politiques. (…) » 

« (…) La notion de Service est fondamentale dans le christianisme. Jésus et ses grands disciples ont proclamé l’importance spirituelle du Service et ont exhorté les hommes et les femmes à être les serviteurs de leurs frères. Les morticiens et, avec eux, tous les hommes d’affaires d’Amérique, ont pour le Service un enthousiasme aussi chaleureux qu’en eurent jamais saint François ou son divin Maître. Seulement, les activités qu’ils désignent par le mot « Service » se trouvent être légèrement différentes de celles que le fondateur du christianisme désignait du même nom. Pour Jésus et saint François, Service sous-entendait : sacrifice de soi, abnégation, humilité. Pour les morticiens et les autres hommes d’affaires d’Amérique, Service veut dire autre chose : cela veut dire faire et réussir des affaires profitables avec tout juste l’honnêteté suffisante pour échapper à la prison. Les Hommes d’Affaires Américains parlent comme saint François ; mais il est difficile de distinguer leurs activités de celles des marchands que Jésus chassa du Temple. (…) » 

« (…) On est tout à fait favorable à la religion jusqu’au jour où l’on visite un pays véritablement religieux. Ce jour-là, toute la sympathie va aux égouts, aux machines et au minimum de salaire. Voyager c’est découvrir que tout le monde a tort. (…) »

13 mai 2009

Bernard COMMENT : Le colloque des bustes

Trouvé dans un bac à soldes sans rien connaître de l'auteur, attiré par la réputation de l'éditeur (les Fante père et fils ont été l'objet de nombreuses publications chez Christian Bourgois) et convaincu par le prix dérisoire, je me suis laissé tenter par le quatrième de couverture qui, derrière une histoire fantaisiste, annonçait un regard critique sur l'exhibitionnisme ambiant de notre société et la marchandisation omniprésente du tout et surtout du n'importe quoi.

Alors pas de fausse joie, la lecture de ce court roman (140 pages environ) n'a pas révélé à mes yeux un chef d’œuvre, Bernard Comment ne m'a pas semblé briller par le maniement du sarcasme comme l'annonçait la présentation, on a en fait affaire à un petit roman pas désagréable à lire, mais trop sage pour coller au côté cinglant que l'éditeur mettait en avant. A la critique acerbe de la société se substitue un regard plutôt intéressant et dénué de cette compassion habituellement de rigueur sur la place des handicapés dans notre société, et à travers cela se dessine vaguement la question de l'inutilité et sa place dans un monde où tout est tourné vers la performance et la rentabilité. Faut-il nécessairement trouver une fonction à tout et surtout à tout le monde ?

A travers l'histoire tragi-comique d'un homme amputé des bras et des jambes, élevé au rang d’œuvre d'art que s'arrachent les collectionneurs dans une société pour le moins loufoque, l'écrivain Suisse ne donne pas vraiment de réponses à ses interrogations, mais ouvre des pistes de réflexion sur le ressenti et les préoccupations des infirmes, finalement pas tellement éloignés des valides, les hommes n'étant toujours que des hommes.

"(...) Aux dernières nouvelles, les collectionneurs propriétaires mais propriétaires de rien à vrai dire simple gentlemen's agreement entre gens de bonne composition pourraient faire l'objet de poursuites du simple fait qu'ils nous exposeraient non seulement en public comme aujourd'hui pour la grande kermesse mais quotidiennement chez eux devant leurs invités rares invités dans le cas de Monsieur, ah ! la bonne conscience de l'opinion et des gens communs, tellement communs. S'ils pouvaient seulement nous foutre la paix ! Ont-ils jamais fait le compte de leurs propres servitudes, à large échelle de société, et au quotidien ? Je veux Étienne de La Boétie pour avocat, et pour seul avocat. Son discours sur la servitude volontaire suffira à mon cas, ou plutôt à leur cas. « L'habitude, qui exerce en toutes choses un si grand pouvoir sur nous, a surtout celui de nous apprendre à servir et, comme on le raconte de Mithridate, qui finit par s'habituer au poison,  celui de nous apprendre à avaler le venin de la servitude sans le trouver amer. » "

" (...) Il y a toujours ce moment où les individus perdent la vérité de leur présence et leur faculté d'étonnement pour se raccrocher à des rôles ou des certitudes qui ne sont pas les leurs, et c'est alors une forme d'arrogance qui s'affiche sur leur visage, peut-être n'aurais-je pas dû l'appeler ma petite. (...)"

" (...) sa description de la lignée familiale de ses propriétaires nous a beaucoup fait rire, avec une connaissance presque maniaque des détails, à l'écouter il semblait être le seul rescapé d'une longue série de tarés en tous genres, c'est curieux à quel point on peut s'oublier parfois dans le discours qu'on tient sur les autres pour peu que rien de naturel ni de consanguin ne nous lie à eux. (...)"

2 février 2009

Knut HAMSUN : Sous l'étoile d'automne

Knut Hamsun - en aparté, si quelqu'un connait la prononciation exacte, je suis preneur, je miserais timidement pour quelque chose s'approchant de "Knoute Hame-Soune", mais sans certitude  -  est un écrivain norvégien (1859-1952), auteur d'un grand nombre de romans dont le plus réputé est sans doute La faim (prochaine étape en ce qui me concerne), et récompensé en 1920 par un Prix Nobel de Littérature. Publié en 1906,  Sous l'étoile d'automne est le premier volet d'une des deux trilogies dites du vagabond. C'est aussi un très court roman, de tout juste 150 pages.

Sous l'étoile d'automne est le récit des pérégrinations d'un homme entre deux âges, fuyant son ancienne vie citadine qu'on devine aisée et confortable pour retrouver la tranquillité des choses simples. Au début du roman, Knut Pedersen vit retiré sur une île proche du littoral norvégien, où il loue une chambre dans une pension. Il y retrouve par hasard un ancien camarade de jeunesse avec qui il part à l'aventure sur les routes, retrouver en quelque sorte la simplicité de l'existence qu'il menait dans sa jeunesse, à vivre d'un travail manuel, sans trop de contraintes. Pedersen est un homme taciturne et mélancolique, et on devine assez vite la source de son mal-être. C'est un homme rongé par la solitude. Il croise au cours du roman deux femmes, deux amours impossibles auxquels il ne peut s'empêcher de rêver. La première est une jeune fille dont il apprendra plus tard qu'elle partageait l'attirance qu'il s'efforçait lui-même de refouler, et la seconde, une femme mariée, insaisissable,  avec laquelle se tisse une relation ambiguë et dont il espère l'amour tant rêvé, en vain.

Sa relation à l'amour et aux femmes est en quelque sorte au centre du roman, une relation parasitée par son  incapacité à comprendre les autres, à se sentir heureux, où qu'il soit, et à savoir ce qu'il souhaite réellement. La peur de la mort ne rôde pas bien loin dans cette quête éperdue de sens à sa vie. Une histoire à la portée tout ce qu'il y a de plus universelle, au fond. Un roman intéressant, donc. 

« (…) Aïe ! comme il est difficile de réussir calmement, joliment, le passage fatidique à la vieillesse. La crispation intervient, l'esbroufe, les grimaces, , la lutte contre les jeunes, l'envie. (…) »

« (…)  Me voici loin du vacarme et de la presse de la ville, des journaux et des gens, j'ai fui tout cela parce que, de nouveau, on m'appelait de la campagne et de la solitude dont je suis originaire. Je pense, plein d'espoir : Tu verras, tout va bien aller. Hélas ! Je me suis déjà enfui de la sorte et je suis retourné à la ville. Et me suis de nouveau enfui. (…) »

« (…)  Il a peut-être raison, Grindhusen, on trouvera bien un moyen pour tout, demain comme aujourd'hui. Voilà deux semaines que je n'ai pas lu les journaux et je vis tout de même, je vais bien, je fais de grands progrès en calme intérieur, je chante, je me pavane, je vais tête nue, contemplant le ciel, le soir.
Ces dix-huit dernières années, quand j'allais au café, je rendais la fourchette au garçon quand elle n'était pas propre, ici, chez Gunhild, je ne rends aucune fourchette ! As-tu vu Grindhusen, me dis-je à moi-même, quand il allume sa pipe, il utilise son allumette jusqu'au bout, sans pourtant brûler ses doigts endurcis. J'avais remarqué qu'il y avait une mouche sur sa main, il l'avait laissée aller, peut-être ne l'avait-il pas sentie. C'est ainsi qu'un homme doit réagir envers les mouches... (…) »

2 février 2008

Jorn RIEL : La maison des célibataires

Une petite excursion au pôle Nord pour se rafraichir les idées. Un très court roman pour s'initier en douceur à la littérature scandinave. Je ne m'attendais à rien de particulier, si ce n'est à trouver un récit léger, sans « prise de tête ». C'est précisément ce qui se dégage de cette sorte de fable sans prétention, dans laquelle le Danois Jorn Riel nous dresse le portrait d'une petite communauté de célibataires endurcis et jouisseurs, dont la seule préoccupation quotidienne est de laisser libre cours à leur incommensurable paresse. Se sentant vieillir, la bande de vieux garçons se retrouve subitement en proie à l’inquiétude quant à son avenir. Ils se mettent alors en quête d'une solution pour assurer leurs vieux jours sans remettre en cause leur penchant sybaritique. Rien de bien original dans ce récit susceptible d'intéresser les plus jeunes, et de divertir rapidement les autres. La concision est un de ses atouts, car un texte plus long eût très certainement amené une lassitude tant le développement de l'histoire est convenu et gentillet. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures, ce minuscule roman est à prendre comme une récréation, et rien de plus.

« (...) C'est toujours fascinant et un peu désolant de voir ce qui arrive à un homme une fois qu'une femme lui a mis le grappin dessus. Dans ce cas, c'est comme s'il ôtait, sans honte, sa vieille existence comme une chemise sale et en revêtait une nouvelle sans même vérifier si elle lui allait. (...) » (pp.37-38)

27 janvier 2008

Tom SHARPE : Le bâtard récalcitrant

Le peu que j'avais lu sur Tom Sharpe avant l'acquisition de ce roman me laissait imaginer un style assez caustique et décalé. En marge, Tom Sharpe l'est très certainement. Corrosif, c'est moins sûr. Le bâtard récalcitrant est avant tout porté sur le caractère infiniment burlesque de ses personnages. Mais contrairement à un John Kennedy Toole dans La conjuration des imbéciles, l'auteur anglais n'a pas la même finesse, son humour est même assez gras et lourdingue, tout en restant très gentillet. Ce roman nous embarque dans le fin fond de l'Angleterre, sur le domaine aride et glacial des Flawse, vieille dynastie aristocratique dont le patriarche nonagénaire est le dernier représentant "pur sang". Le temps s'est arrêté au moyen âge dans le château familial où le vieux vit avec son petit-fils Lockhart, qu'il a élevé seul dans une tradition tout aussi archaïque que le confort de la demeure qui les abrite, et un fidèle homme de main aussi rustique que son Maître. Arrivé à l'âge adulte, Lockhart ne connait que ce que son grand-père a bien voulu lui inculquer. Il n'a jamais mis les pieds dans une école, mais n'a pas son pareil pour décimer un troupeau de moutons à la carabine. Pire, sa mère n'a jamais révélé l'identité de son père avant de mourir à sa naissance, et son grand-père a toujours refusé de salir l'honneur des Flawse en déclarant la naissance de son bâtard de petit-fils. Lockhart n'existe donc que dans la propriété des Flawse, où il jouit pleinement de la vie jusqu'au jour où il découvre l'amour en la personne de Jessica. En preux chevalier qu'il est, il s'évertue alors à la protéger et à la chérir, dans l'ignorance absolue de toute forme de sexualité, que la très fleur bleue Jessica - que sa mère a cloitré toute sa jeunesse dans un couvent pour retarder son éclosion et ainsi profiter du patrimoine dont Jessica a hérité de son père - ne connait guère plus que lui. S'ensuit une cascade de situations cocasses, burlesques, outrancières, et parfois drôles aussi, il faut bien le reconnaitre. Je pense par exemple à la libido explosive et incontrolable du vieux Flawse, à son empaillage, au tempérament de brute épaisse de Lockhart capable de toutes les ruses pour protéger les intérêts de son foyer, et puis bien sûr à son incapacité à faire l'amour avec Jessica.  On parvient donc à sourire ici et là, mais on ressort de cette lecture sans grand enthousiasme. Il y a manifestement un âge à ne pas dépasser pour se trouver parfaitement en phase avec l'humour puéril de Sharpe. Je ne me risquerai finalement pas à la lecture de la série Wilt, qui à vue de nez ne doit pas voler beaucoup plus haut.

11 septembre 2007

Franz KAFKA : Le terrier

"Le Terrier, l'une des dernières nouvelles écrites par Franz Kafka (1883-1924), est celle où se mêlent avec le plus de violence l'issue inexorable d'une destinée tragique et une extraordinaire distanciation comique. L'humour noir atteint ici un paroxysme. Un troglodyte nous fait partager l'extrême ingéniosité de sa vie enterrée, et ce lieu de sécurité maximale devient celui de tous les dangers ; lieu où ta paix du « chez-soi » devient mortelle : un tombeau pour l'éternité. "

Une nouvelle inachevée. Franchement déçu, non pas par le thème, qui est du reste très mystérieux (difficile de dire si le narrateur est un humain, une taupe ou un autre animal encore), mais par la teneur du récit, qui relève plus de la circonvolution narrative que d'une véritable structure avec un début, une fin et une évolution entre l'un et l'autre. Ça tourne en rond du début à la fin, on a l'impression de revenir sans cesse au point de départ, et au final, comme la nouvelle n'a pas de fin, on n'est pas plus avancé... Je ne sais plus trop ce qui m'avait attiré dans cette nouvelle, mais ça ne me donne pas envie de fouiller davantage dans l’œuvre de Kafka, ce qui est peut-être un tort... Peut-être aurais-je dû commencer par Le procès ?
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