Le canadien Douglas Coupland avait tout juste trente ans lorsqu'il sortit ce "manifeste de ceux qui ont eu l'idée imbécile de naître entre 1960 et 1970" pour reprendre une critique au sujet de ce roman, qui me paraît être l'un des plus marquants de la génération d'écrivains des années 1980/1990, celle là même qui a vu éclore Bret Easton Ellis, auquel on peut naturellement rattacher Douglas Coupland. Génération X, c'est le roman d'une génération à la dérive, une jeunesse sacrifiée sur l'autel de la Sainte Économie. C'est l'histoire de trois paumés (deux hommes et une jeune femme) accumulant les petits boulots sans lendemain, et naviguant dans un quotidien sans avenir, avec pour seule consolation la satisfaction d'avoir trouvé une amitié solide comme échappatoire à la solitude. C'est l'histoire plate d'une jeunesse sans but ni rêve, condamnée à vivre dans un monde qui n'a pas besoin d'elle. Mais Génération X, c'est surtout le roman que pourront sans doute s'approprier encore bien des générations futures sans avoir à changer grand chose pour s'identifier à leurs ainés. L'histoire ne dit pas ce qu'est devenue cette génération X quinze années plus tard, si elle a trouvé sa place dans la société. Ce qui est plus certain, c'est que la génération qui a pris le relais n'a pas plus d'avenir que les quadras d'aujourd'hui ne pensaient en avoir.
24 janvier 2008
23 janvier 2008
Tir groupé : Douglas KENNEDY
Douglas Kennedy ou comment faire le tour d'un écrivain en moins de trois romans. D'abord séduit par l'histoire riche en aventures et en rebondissements, jalonnée d'une bribe de réflexion bienvenue sur le mariage, de L'homme qui voulait vivre sa vie (admirez la couverture digne des plus succulents romans à l'eau de rose, merci Pocket...), puis agréablement surpris par le changement de cap de Cul-de-sac (son premier roman) et son aventure quasi carcérale chez des bouseux australiens (une autre réflexion sur le mariage, en somme), Rien ne va plus m'a rapidement confronté à une profonde lassitude, due principalement à la routine qui s'installe dans les histoires de Kennedy. On y retrouve visiblement toujours un personnage principal issu d'un milieu bourgeois, propre sur lui, cultivé et même un brin pédant, séducteur presque malgré lui (le côté insupportablement geignard du héros de Rien ne va plus me paraît assez incompatible avec son numéro de tombeur...), vivant toujours des histoires d'amour avec des femmes parfaites, bref, c'est finalement très conventionnel et ça ne bouge pas d'un iota ; de L'homme qui voulait vivre sa vie à Rien ne va plus, on a clairement l'impression de lire le même roman, qu'on pourrait résumer par l'histoire d'un homme au faîte de sa réussite sociale qui perd tout et doit reconstruire sa vie ; seul le nom des personnages change. Pourtant, cet américain expatrié a un talent évident de narrateur, ses histoires sont bien ficelées, bien documentées sur le milieu traité, mais il me semblerait plus dans son élément en tant que scénariste qu'en tant qu'écrivain. Ses livres ne correspondent tout simplement pas ce que j'attends d'une lecture, pour moi, il donne dans le cinéma écrit, or, je préfère le cinéma sur écran que sur papier. J'ai l'impression de perdre mon temps à lire ce genre de roman qui ne m'apporte rien, aucune (ou peu) réflexion personnelle de la part de l'auteur, pas d'univers personnel, en fait, rien de personnel, juste une histoire à lire.
22 janvier 2008
Mary CROW DOG : Lakota Woman
La foi en la sagesse de l'homme "civilisé" inciterait à penser que l'animosité entre les Blancs et les Indiens d'Amérique s'est dissipée au fil des générations, et qu'il faut remonter à la fin du XIXème siècle pour en retrouver les dernières manifestations. Cette autobiographie de Mary Crow Dog (née Mary Brave Bird) nous démontre le contraire. Cette indienne métisse de la tribu des Lakotas (les Sioux) y raconte la reconquête de sa propre identité, de sa culture et de ses racines ancestrales, dans une Amérique des années 1960/70 qui n'a cessé de chercher à les anéantir durant plus d'un siècle. Chacun connait l'existence des réserves indiennes, ces miettes territoriales accordées gracieusement par l'immigrant Blanc triomphant à l'autochtone Indien vaincu, généralement dans le mépris de leur Histoire et des traditions des tribus concernées. Ce que l'on a tendance à ignorer, c'est la manière dont l’État Américain a cherché à annihiler toute trace de culture indienne au cours du XXème siècle, en interdisant notamment la pratique de la plupart des rituels religieux. Dans ce pays si épris de liberté, notamment de culte, les Indiens - pour la plupart forcés lors de leur reddition à se convertir au christianisme - n'avaient donc aucune latitude pour choisir leur religion et leur mode de vie. Mary Crow Dog raconte dans son livre toutes les humiliations, le déni et le racisme subi par son peuple et par elle-même, la citoyenneté à deux vitesses en vigueur dans un pays si fier de sa démocratie, et qui dit citoyenneté à deux vitesses dit également inégalité devant la justice, où dans certains États, il n'y a pas si longtemps, le meurtre d'un Indien était toujours considéré comme un délit mineur, mais où un délit mineur de la part d'un Indien était passible de sanctions pénales démesurées. Jusque dans les années 1970 (et peut-être même par la suite encore), un Indien ne pouvait pas plus faire confiance à la médecine, ni même aux services sociaux ou à l'éducation de "son" pays : Mary Crow Dog raconte les stérilisations abusives de femmes Indiennes lors de banales hospitalisations, l'habitude qui consistait à retirer les enfants à leurs parents pour mieux façonner les jeunes générations aux modes de vie et de pensée des Blancs, ou encore l'extrême dureté de la scolarisation réservée aux Indiens. Ce livre est également un témoignage de l'Histoire du mouvement contestataire Indien initié dans les années 1970 (A.I.M.), et auquel Mary Crow Dog prit part de manière active ; elle relate notamment le plus retentissant fait d'arme du mouvement : le siège du site historique de Wounded Knee (où des sioux furent massacrés en 1890 par l'armée US), en 1973. Ce livre est également parsemé de nombreux détails sur les traditions du peuple Lakota (danse du Soleil, danse des Esprits, rôle de l'Homme-Médecine, etc...), mais sa partie historique est de mon point de vue la plus forte. Avec une amertume finalement assez modérée (n'importe qui serait haineux pour moins que ça), Mary Crow Dog narre la renaissance symbolique d'une nation dépossédée de tout, y compris de sa dignité. Les récents évènements rapportés dans la presse fin décembre 2007 (déclaration d'indépendance et renoncement symbolique à la nationalité américaine de la part de dirigeants sioux, voir liens annexes) tendent à prouver que les choses n'ont pas tellement évolué ces dernières années.
Quelques liens sur la récente déclaration d'indépendance de la tribu Lakota :http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=463172&xtor=RSS-96
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lakota_(Am%C3%A9rindiens)
http://www.republicoflakotah.com/ (en anglais)
Quelques liens sur la récente déclaration d'indépendance de la tribu Lakota :http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=463172&xtor=RSS-96
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lakota_(Am%C3%A9rindiens)
http://www.republicoflakotah.com/ (en anglais)
14 janvier 2008
John FANTE : Demande à la poussière
Gros coup de foudre littéraire de fin d'année pour cet auteur américain, John Fante, celui que Charles Bukowski n'hésitait pas à désigner comme l'auteur qui lui donna envie d'écrire. Connaissant un peu l'oiseau, je me disais que son Père spirituel devait donner dans le relativement cradingue : fausse piste ! Écrit en 1939, Demande à la poussière frappe au premier abord par sa modernité. Les personnages, l'histoire, tout pourrait quasiment avoir été écrit à notre époque sans qu'on n'y voie le moindre anachronisme ou presque. Demande à la poussière, c'est l'histoire d'Arturo Bandini, jeune écrivain cherchant à percer à Los Angeles, fils d'immigrés italiens natif du Colorado, autrement dit, à peu de choses près, Arturo est le clone littéraire de Fante, qui n'hésite pas - et en cela, c'est le principal point commun avec Bukowski - à se moquer de lui-même, avec ce personnage imbu de son talent d'écrivain, sûr de sa réussite, anticipant sans cesse la postérité mais qui doute aussi paradoxalement pas mal de lui. Arturo se livre à un numéro de "je t'aime, moi non plus" palpitant avec la belle Camilla, serveuse paumée très portée sur le masochisme amoureux. Histoires d'amours impossibles, fraicheur et insouciance sont au menu de ce roman totalement contemporain malgré ses 70 ans d'âge. C'est avec le recul qu'on reconnait les grands écrivains, et pour moi, Fante fait désormais partie des incontournables du XXème siècle. Je ne ferai qu'une bouchée de son œuvre, promis, juré !
22 décembre 2007
Mémoires de Géronimo
Un document assez unique que cette biographie dictée par le célèbre guerrier Apache à la fin de sa vie, à l'aube du XXème siècle, à un fonctionnaire Blanc, et commenté dans les années 1970 par l'historien Fredrick Turner pour éclaircir certains points. La mémoire du vieil Indien n'est pas toujours infaillible, mais la lecture de ses souvenirs et de ses impressions demeurent un moyen très intéressant de comprendre un peu la culture de ce peuple méconnu, souvent galvaudée par le cinéma. Géronimo détaille en plusieurs parties les points qui lui tenaient à cœur : la culture Apache, ses relations conflictuelles avec les Mexicains (pour lesquels il a conservé toute sa vie une haine tenace depuis le massacre de toute sa famille par des troupes mexicaines), et bien sûr avec les Blancs, vis à vis desquels on le découvre étonnamment apaisé (on comprend cette mesure à la fin de la biographie, en constatant que sa démarche tenait plus de la lettre ouverte au Président Roosevelt pour faire entendre son besoin de retrouver avec son peuple son Arizona natal, alors qu'il était parqué dans une réserve de l'Oklahoma ; "faveur" qu'il n'obtiendra jamais). La majeure partie du récit s'articule autour de ses nombreux faits d'armes, les multiples traités de paix non respectés, les innombrables massacres de part et d'autre. On peut le trouver répétitif, mais on y trouve en filigrane une mine d'informations sur les coutumes de la tribu Apache, ses croyances, etc... Et puis bien sûr, cette biographie revient sur de nombreuses étapes du conflit qui mena à la reddition de Géronimo et des siens après des décennies d'âpres combats, et sans jamais patauger dans le misérabilisme, l'homme Blanc n'en sort pas grandi.
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