5 mars 2015

Régine Pernoud, sur les féministes


« (...) tout se passe comme si la femme, éperdue de satisfaction à l'idée d'avoir pénétré le monde masculin, demeurait incapable de l'effort d'imagination supplémentaire qu'il lui faudrait pour apporter à ce monde sa marque propre, celle qui précisément fait défaut à notre société. Il lui suffit d'imiter l'homme, d'être jugée capable d'exercer les mêmes métiers, d'adopter les comportements et jusqu'aux habitudes vestimentaires de son partenaire, sans même se poser la question de ce qui est en soi contestable et devrait être contesté. A se demander si elle n'est pas mue par une admiration inconsciente, et qu'on peut trouver excessive, d'un monde masculin qu'elle croît nécessaire et suffisant de copier avec autant d'exactitude que possible, fût-ce en perdant elle-même son identité, en niant d'avance son originalité. (...) »

Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge (1979) ; Editions du Seuil / Points Histoire

3 octobre 2014

Premières lignes : Au pays des antiquaires de ANDRÉ MAILFERT


« Il est difficile, à notre époque, de croire à quelque chose et il semble avéré que tout ce que l'on voit, apprend, lit ou écoute, n'est qu'une vaste fumisterie.
Cet état de chose n'est pas spécial à l'an 1934, mais il résulte d'une course à la duperie qui, d'un trot allongé au début de la génération actuelle, a pris, depuis quelques années, l'allure du galop le plus effréné.
Le mensonge, la tromperie, le leurre sont à la base de la plupart des institutions humaines, depuis l'école jusqu'à la fin des existences ; y compris l'oraison funèbre.
L'instruction commence à fausser les idées ; les idéals philosophiques conduisent souvent au déceptions ; bien des livres induisent en erreur ; les journaux, s'ils ne sont pas à la solde d'un parti qui les paie, contiennent plus de blagues que de vérités.
Les politiciens trompent les masses, les députés leurs électeurs, les femmes leurs maris (ceci n'est pas nouveau) ; les industriels trompent les commerçants, les commerçants leurs clients ; les employés trompent leurs patrons comme les patrons trompent leurs employés...
Mais n'ayant pas l'intention de faire un cours de morale et cette maladie du siècle étant bien constatée, en attendant qu'une crise finale nous conduise à une apothéose de vérité qui rendra, peut-être, l'humanité plus malheureuse, car tout, ici-bas, n'est qu'illusion et l'illusion constitue le plus réel bonheur de la vie, je vais aborder, en en révélant les causes ignorées, l'étude de la tromperie la plus à la mode, celle du faux-vieux, dans laquelle je crois être l'un des mieux renseignés pour l'avoir pratiquée de longues années.
Ce préambule est suffisant pour exposer au lecteur de ce livre qu'en le lisant il ne sera donc pas trompé.
Ce n'est pas un intempestif besoin de clamer la vérité qui me pousse à agir ainsi, ni le désir de passer pour un original, pas plus que l'espoir de conquérir les palmes académiques ; ce n'est ni pour accomplir un devoir, ni pour obéir à un vœu... c'est simplement parce que cela m'amuse. (...) »

André Mailfert, Au pays des antiquaires (1935) ; Flammarion.

25 septembre 2014

Arthur Young, sur la conversation

Portrait d'Arthur Young, par John Russell (1794)
National Portrait Gallery, Londres

« (...) là où il y a beaucoup de politesse, il y a peu de discussion, et s'il n'y a ni discussion, ni controverse, que devient la conversation ? L'égalité d'humeur et la douceur de caractère sont les premières conditions d'une société particulière ; mais l'esprit, les connaissances ou l'originalité doivent en rompre la surface pour permettre à une certaine divergence d'opinions de se faire jour, ou bien la conversation ressemble à un voyage sur une plaine illimitée. »

Arthur Young, Voyages en France — 28 juin 1787 ; traduit de l'anglais par Henri Sée ; Librairie Armand Colin (1931) / republié aux éditions Tallandier (2009).

16 septembre 2014

Paul Léautaud, sur l'instruction publique

Portrait de Paul Léautaud par E.-A. Heuzé (1937)
Musée national d'art moderne, Paris

« L'instruction gratuite et obligatoire. Pour mieux former des citoyens modèles, bien soumis aux règles du régime et bien crédules aux bourdes qu'on leur sert. Le bon sens détruit, remplacé par la prétention. Anes à diplômes qui n'en restent pas moins des ânes, rien ne remplaçant l'intelligence et la curiosité d'esprit natives.
Disparition de l'esprit de fronde, de l'esprit satirique. Le gavroche loustic qui dégonflait les baudruches sociales d'un lazzi, n'existe plus. »

*

« Même appréciation pour ces jeunes gens, si grossiers de propos et de façons, pour ces gamines, si prétentieuses, que je vois chaque jour dans le train, munis de manuels et de cahiers d'études, qui peuplent les Facultés. De futurs déclassés qui, je l'espère bien, végéteront et expieront leur fétichisme des diplômes, qui ne leur auront rien conféré de plus qu'un petit savoir appris momentanément.
Un bon artisan, auprès de tous ces sots vaniteux, quel personnage sympathique ! »

Paul Léautaud, Propos d'un jour (1947) — Extraits de Notes retrouvées (1927-1934) ; Mercure de France.

12 septembre 2014

Louis-Ferdinand Céline, sur l'opportunisme


« (...) les haines partisanes sont « alimentaires »!... oubliez jamais! on s'est fait des « Situâtions » dans la purification, les mises en fosse des « collabos »... des gens qu'étaient juste que de la crotte sont devenus des « terribles seigneurs »... « vengeurs »... avec de ces énormes privilèges!... vous parlez qu'ils « résisteront » jusqu'à leur dernier quart de souffle!... jusqu'à leur dernière petite-fille se soit très gentiment mariée! le pire malheur des collabos, la providence qu'ils ont été pour la pire horde des bons à lape... dites-moi, Vermersh, Triolette, Madeleine Jacob, qu'est-ce que ça vaut devant une fraiseuse, une feuille de papier? un balai?... à la niche, hyènes! catastrophes! des aubaines, pas une fois par siècle! surprise-stupre des épiloconnes! c'est pas demain qu'ils vont renoncer à être les Très-Hautes-Puissances-Paladines de la plus formid' colique 39!... (...) »

Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre ; Gallimard (1957).

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