7 avril 2011

Henri CALET : Les grandes largeurs

Si je voyais quelque analogie entre la vision du monde de Henri Calet et celle de Céline dans La belle lurette, il est préférable de l'oublier très vite lorsqu'on aborde la lecture de ce récit, Les grandes largeurs, qui n'est pas vraiment un roman mais plutôt un carnet de souvenirs, et un hommage à Paris, celui de l'enfance de Calet et celui des années 50 à l'époque où l'écrivain a publié ce texte.

C'est sur une juxtaposition constante entre présent et passé qu'est construit le livre. On suit le cours des souvenirs de l'auteur, qui nous mène du 14ème arrondissement où il vivait, jusque dans les beaux quartiers du 17ème où il a grandi, en passant, notamment, par l'Étoile, le Trocadéro (où il évoque l'ancien Palais du même nom) et la porte Maillot où Calet déplore le démantèlement du parc d'attraction « Luna-Park » qu'il connut dans son enfance.

C'est le livre d'un flâneur nostalgique, mais d'un nostalgique apaisé, car s'il regrette la plupart des changements dont il est témoin, on ne ressent plus la colère qui pouvait apparaître sourdement dans La belle lurette.

Dans ce livre, écrit quelques années avant sa mort prématurée, Calet se raconte sur un ton léger, presque anodin. Et bizarrement, c'est cette quiétude innocente qui donne du charme au livre.
 
« A partir de l'Alma, il semble que l'on accède à une autre ville : les autos sont plus brillantes que chez nous, les bâtisses sont plus belles, les femmes aussi (on ferait bien une prisonnière), elles doivent porter des « soucoupes volantes » ; il semble que l'existence ait plus de prix, qu'elle vaille davantage ; il semble même que la qualité de l'air soit quelque peu différente, plus fine. On a l'illusion d'être à l'étranger, en transit seulement. (...) » (p.27)
 
« Et la station de métro « Obligado » a été débaptisée : elle est devenue : « Argentine ». J'aime mieux « Obligado », c'est plus doux à l'oreille, et puis cela nous rappelait une autre victoire française remportée je ne sais où ni sur quel ennemi, mais n'importe. On chercherait à nous démoraliser systématiquement  que l'on ne s'y prendrait pas autrement. (...) » (p.54-55)
 
« Giraudoux, mort ; Fargue, mort... Mort en quatre lettres. Pas de semaine que je ne sois forcé de rayer un nom, ou deux, sur mon carnet d'adresses. Partis sans laisser d'adresse. J'écris de moins en moins. A la longue, on n'aura plus que des morts dans ses relations. Je n'écrirai plus du tout. On s'appuie sur trop de cadavres, ça finira par céder un jour ; on va se casser la figure. (...) » (p.18-19)

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