10 janvier 2011

Comédie d'amour (1989)

Je ne connais pas la filmographie de Jean-Pierre Rawson, mais ce que je peux deviner, c'est que lui et les co-scénaristes qui ont adapté l’œuvre et la vie de Paul Léautaud n'ont pas très bien digéré leur sujet. Sur le papier pourtant, le film pouvait difficilement être mieux servi : des acteurs au talent qui n'est plus à prouver : un Michel Serrault dans le rôle de Léautaud pas si incongru que je pouvais le penser avant de voir le film, et puis Annie Girardot, comme toujours brillante et d'une spontanéité qui fait tout son charme, dans le rôle de la maîtresse de l'écrivain, Anne Cayssac, alias « Le Fléau ».
 
Comédie d'amour est donc servi par une distribution remarquable, mais le film ne présente que bien peu d'intérêt pour l'admirateur de Léautaud. Les dialogues sont une barbarie à entendre pour qui connait un peu les écrits du misanthrope de Fontenay-aux-Roses : on assiste à une partie de ping-pong entre les personnages où les citations de l'écrivain se succèdent comme si on les avait tirées d'un chapeau pour en déterminer l'ordre de passage. Bien souvent, elles n'ont que bien peu de pertinence dans les échanges, ou alors sont tronquées et dénaturées pour ne servir qu'une cause : le propos du cinéaste (« Aimer, c'est préférer un autre à soi-même » qu'on fait dire à un Léautaud presque mielleux, en se gardant bien de poursuivre  : « dans ce sens-là, je n'ai jamais aimé »...) ; mais le plus étrange est peut-être encore de retrouver les citations de Léautaud dans la bouche de tous les personnages, et particulièrement des maîtresses de l'écrivain. A ce sujet, on remarquera la cure d'embellissement de Marie Dormoy, interprétée avec beaucoup de charme par Aurore Clément, et c'est bien ce qui cloche quand on sait à quoi ressemblait la véritable Marie Dormoy, qui n'avait rien d'une beauté.
 
Mais tous ces détails passeraient presque sans encombre s'il n'y avait pas de surcroit la faute de goût intolérable, la trahison impardonnable : faire de Paul Léautaud un sentimental, lui qui passa sa vie à moquer cette fâcheuse tendance des représentants de son espèce. On grince déjà des dents au début du film lorsque le personnage interprété par Serrault nous parle de sa mère sur un ton geignard qui est à l'opposé de ce qu'était Paul Léautaud (surtout à l'âge auquel le film le représente). Quant à la fin du film, elle est simplement grotesque, la scène où Léautaud avoue son amour à Marie Dormoy est une aberration. Une niaiserie qui tendrait à confirmer que Rawson et ses collaborateurs ne connaissaient pas grand-chose de la vie de celui dont ils avaient choisi, pour je ne sais quelle raison, de raconter une histoire qui n'était pas la sienne.

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