9 janvier 2013

Céline, sur la vanité


« (...) on pourra dire tout ce qu'on voudra, je peux en parler à mon aise puisqu'il me détestait, Pétain fut notre dernier roi de France. « Philippe le Dernier »... la stature, la majesté, tout !... et il y croyait !... d'abord comme vainqueur de Verdun... puis à soixante-dix ans et mèche promu Souverain ! qui qui résisterait ?... raide comme ! « Oh! que vous incarnez la France, monsieur le Maréchal ! » le coup d' « incarner » est magique !... on peut dire qu'aucun homme résiste !... on me dirait « Céline! bon Dieu de bon Dieu ! ce que vous incarnez bien le Passage ! le Passage c'est vous ! tout vous ! » je perdrais la tête ! prenez n'importe quel bigorneau, dites-lui dans les yeux qu'il incarne !... vous le voyez fol !... vous l'avez à l'âme ! il se sent plus !... Pétain qu'il incarnait la France il a godé à plus savoir si c'était du lard ou cochon, gibet, Paradis ou Haute Cour, Douaumont, l'Enfer, ou Thorez... il incarnait !... le seul vrai bonheur de bonheur l'incarnement !... vous pouviez lui couper la tête : il incarnait !... la tête serait partie toute seule, bien contente, aux anges ! Charlot fusillant Brasillach aux anges aussi ! il incarnait ! aux anges tous les deux !... ils incarnaient tous les deux !... et Laval alors ? (...) »

Louis-Ferdinand Céline, D'un château l'autre (1957) ; Gallimard / Folio.

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