2 octobre 2010

Premières lignes : Les 21 jours d'un neurasténique de OCTAVE MIRBEAU

 
« L'été, la mode, ou le soin de sa santé, qui est aussi une mode, veut que l'on voyage. Quand on est un bourgeois cossu, bien obéissant, respectueux des usages mondains, il faut, à une certaine époque de l'année, quitter ses affaires, ses plaisirs, ses bonnes paresses, ses chères intimités, pour aller, sans trop savoir pourquoi, se plonger dans le grand tout. Selon le discret langage des journaux et des personnes distinguées qui les lisent, cela s'appelle un déplacement, terme moins poétique que voyage, et combien plus juste !... Certes le coeur n'y est pas toujours, à se déplacer, on peut même dire qu'il n'y est presque jamais, mais on doit ce sacrifice à ses amis, à ses ennemis, à ses fournisseurs, à ses domestiques, vis à vis desquels il s'agit de tenir un rang prestigieux, car le voyage suppose de l'argent, et l'argent toutes les supériorités sociales. (...) »
 
Octave Mirbeau, Les 21 jours d'un neurasténique (1901) ; réédition L'arbre vengeur (2010).

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