16 octobre 2010

Premières lignes : Sous l'étoile d'automne de KNUT HAMSUN


« Hier, la mer luisait comme un miroir et aujourd'hui, elle luit comme un miroir. C'est l'été de la Saint-Martin et il fait chaud dans l'île - Oh! Quelle douceur et quelle chaleur ! - mais il n'y a pas de soleil.
Il y a bien des années que je n'ai pas connu une telle paix, vingt ans, trente ans peut-être, peut-être dans une vie antérieure. Pourtant une fois déjà, j'imagine, j'ai bien dû goûter cette paix puisque me voici qui chantonne, ravi, tenant compte de chaque caillou, de chaque brin d'herbe, et eux, à leur tour, semblent tenir compte de moi. Nous sommes de vieilles connaissances.
Quand je pénètre dans la forêt, par le sentier où l'herbe repousse, mon cœur tremble d'une joie non terrestre. Je me rappelle un endroit sur la côte orientale de la mer Caspienne où je fus une fois. Là, c'était comme ici, la mer était calme et lourde, gris fer, comme maintenant. Je pénétrai dans la forêt, je fus ému jusqu'aux larmes, j'étais ravi, je disais tout le temps : « Dieu du ciel ! Dire que je devais revenir ici ! »
Comme si j'y étais déjà allé ?
Mais une fois sans doute, j'ai bien dû y venir, d'une autre époque et d'un autre pays où la forêt et les sentiers étaient les mêmes. Peut-être étais-je une fleur dans cette forêt, peut-être étais-je un coléoptère qui logeait dans un acacia.
Et donc, me voici ici. Il se peut que j'aie volé pour faire ce long chemin et que j'aie été un oiseau. Ou bien que j'aie été noyau dans un fruit expédié par un marchand persan...
Me voici loin du vacarme et de la presse de la ville, des journaux et des gens, j'ai fui tout cela parce que, de nouveau, on m'appelait de la campagne et de la solitude dont je suis originaire. Je pense, plein d'espoir : Tu verras, tout va bien aller. Hélas! Je me suis déjà enfui de la sorte et je suis retourné à la ville. Et me suis de nouveau enfui.
Mais à présent, j'ai pris la ferme résolution d'obtenir la paix à tout prix. Je me suis provisoirement loué une chambre ici ; la vieille Gunhild est mon hôtesse. (...) »
 
Knut Hamsun, Sous l'étoile d'automne (1906) ; traduction de Régis Boyer.

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