17 septembre 2010

H.L. MENCKEN : Défense des femmes

Aux Etats-Unis, au crépuscule des années 1910, les plus fins observateurs voyaient déjà poindre les bouleversements de la société moderne.  L'écrivain, directeur de revue et critique littéraire Henry Louis Mencken - que je ne connaissais que de par sa correspondance avec John Fante, au début de la carrière de ce dernier -  était de ces observateurs visionnaires, il vit peut-être avant les féministes elles-mêmes la révolution qui couvait, et il s'employa avec Défense des femmes à en explorer les complexes tenants, et les conséquences possibles d'un tel chambardement des us et coutumes de la société occidentale.
 
Le titre de ce livre est à prendre avec ironie, mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, Mencken ne délivre pas une analyse motivée par sa seule misogynie. Il ne prend pas réellement parti pour l'homme dans ce livre, du moins pas aussi clairement qu'on pourrait l'imaginer. Pour lui, la première erreur est de considérer la femme comme inférieure intellectuellement à l'homme. Au moyen d'un exposé parfois un peu fantaisiste et souvent péremptoire, Mencken démontre que les prétendues inaptitudes reprochées aux femmes par les hommes ne sont que le paravent d'une intelligence au contraire supérieure en bien des domaines. Il avance l'idée que ces activités masculines auxquelles les femmes sont supposées s'adapter difficilement - qu'elles fassent appel à la logique, au sens des affaires, ou à la technique - sont en réalité sans valeur, et ne font aucunement appel à l'intelligence de ceux qui y excellent.
 
Mencken développe ensuite une théorie intéressante, selon laquelle tout individu est constitué dans des proportions variables de penchants dits féminins, et d'autres dits masculins, ce, quel que soit son sexe. Mais pour illustrer son propos, Mencken ne nous sert pas les poncifs du genre en faisant de la féminité un état de finesse et de douceur absolues, et de la masculinité l'expression de la force pure alliée à la rudesse d'âme. Ainsi, il réprouve le vieux préjugé faisant de la femme un être intrinsèquement sentimental, au contraire de l'homme qui ne serait guidé que par des instincts bestiaux. Mencken fait un exposé convaincant du contraire. Selon lui, le seul sexe capable de laisser corrompre son jugement par les sentiments est l'homme. Il décrit au contraire le tempérament féminin comme celui étant le plus stable et le plus dépassionné dans ses prises de décision. De là son point de vue sur l'organisation dans le couple : la femme est seule aux commandes depuis le choix du mari jusqu'à la moindre décision prise dans le mariage.
 
Alors ce petit exposé sur les vertus féminines, bien entendu, n'a pas pour objet de sanctifier la féminité comme on le fait de nos jours niaisement et hypocritement, depuis des décennies, comme le font des régiments de flagorneurs professionnels et de faibles d'esprit pour s'attirer certaines faveurs. Mais là où le discours de Mencken prend un certain poids, c'est dans sa manière d'éviter de prendre parti pour son propre sexe. S'il déplore les changements annoncés et le déséquilibre qui en découlera - qu'il considère comme néfaste au bon fonctionnement de la société et paradoxalement pas si favorable à la condition féminine, la femme devenant grossièrement un homme comme les autres et perdant peu à peu les qualités qui faisaient sa force - Mencken renvoie les deux sexes dos à dos. Pour lui, la seule valeur véritablement considérable est celle de l'intelligence et du génie. Chose dont, selon Mencken et tout être doté de facultés d'observation un tant soit peu développées, l'écrasante majorité des humains, hommes ou femmes, sont dépourvus.

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